Combien de personnes micro-travaillent en France ?

Notre projet DiPLab commence à porter ses fruits : Clément Le Ludec, Paola Tubaro et Antonio Casilli viennent de publier une estimation complète du nombre des “ouvriers du clic” en France métropolitaine.

Notre étude a été publiée en français dans la série de working papers de l’Institut Interdisciplinaire pour l’Innovation (i3) du CNRS et en anglais dans l’archive scientifique en ligne arXiv.

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Dans le quotidien Le Monde, la journaliste Pauline Croquet a présenté un compte-rendu de notre étude :

Jobs du clic : la France compte plus de 250 000 micro-travailleurs

Un groupe de chercheurs vient de publier une étude estimant pour la première fois le nombre de ces travailleurs précaires et invisibilisés du numérique en France.

Le nombre de micro-travailleurs en France n’est pas anecdotique : de 15 000 personnes pour les plus réguliers à plus de 250 000 pour les moins actifs. Un groupe de chercheurs de Télécom ParisTech, du CNRS et de MSH Paris Saclay vient de publier une étude tentant de quantifier le nombre de ces « travailleurs du clic », invisibilisés et précarisés, qui effectuent de petites tâches numériques rémunérées à la pièce.

« Souvent répétitives et peu qualifiées, [ces tâches] consistent, par exemple, à identifier ou nommer des objets sur des images, transcrire des factures, traduire des morceaux de texte, modérer des contenus (comme des vidéos), trier ou classer des photographies, répondre à des sondages en ligne », détaillent les chercheurs.

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Le quotidien Le FigaroL a interviewé Clément Le Ludec.

En France, plus de 260.000 «travailleurs du clic» dans le numérique

Un groupe de chercheurs a quantifié pour la première fois le nombre de micro-travailleurs en France. Ces employés, précaires et invisibles, accomplissent des tâches sur le web,notamment pour entraîner des logiciels d’intelligence artificielle.

Ils participent à l’amélioration des technologies que nous utilisons tous les jours mais sont pourtant invisibles. Un groupe de chercheurs a donc décidé d’évaluer pour la première fois le nombre de ces micro-travailleurs en France, des «travailleurs du clic» dont la tâche consiste à répéter des opérations sans intérêt (trouver un chat sur une photo, retranscrire sur un ordinateur un texte écrit à la main, répondre à des sondages en ligne). Leur mission? Entraîner des logiciels d’intelligence artificielle via des plateformes spécialisées peu connues du grand public comme Microworkers, Ferpection ou Wirk.

De 15.000, pour les très actifs à 266.000 pour les employés occasionnels, les micro-travailleurs représentent une force de travail «précaire et invisible» selon les rapporteurs de l’étude Antonio Casilli (Télécom ParisTech), Paola Tubaro (CNRS) et Clément Le Ludec (MSH Paris Saclay).

Pour réaliser leur étude, les trois chercheurs, aidés par les équipes du DipLab – un projet de recherche centré sur les micro-travailleurs lancé en 2017 – ont combiné plusieurs méthodes de calcul mais ont aussi fait appel directement à des «travailleurs du clic». «Nous avons réalisé plus de 80 entretiens avec des micro-travailleurs» explique au Figaro Clément Le Ludec, l’un des trois rapporteurs de l’étude. 1.000 micro-travailleurs ont aussi répondu à un questionnaire mis en ligne par les chercheurs.

Précarité et invisibilité

Au-delà du nombre, les chercheurs ont voulu avant tout souligné l’extrême précarité de ces employés. «Certains d’entre eux réalisent des tâches pour 10 centimes et même parfois 1 centime d’euro. Le pire, c’est que beaucoup d’entre eux ne savent même pas pourquoi ils font ça, ni pour qui ils travaillent vraiment. Tout est flou» note Clément Le Ludec. Certains micro-travailleurs vont même plus loin en accumulant des comptes sur plusieurs plateformes spécialisées. Selon le chercheur, la moyenne de compte par individu est de 1,27 «mais certains en ont 4 ou 5 différents pour tenter de récolter un peu plus d’argent». Précarité rime avec invisibilité chez ces «jobs du clic». Loin de la médiatisation des travailleurs dits «ubérisés», ces micro-travailleurs, bien plus nombreux, sont «beaucoup moins bien connus du grand public» souligne le rapport. «Le principe de la sous-traitance mis en place par ces plateformes de micro-travail les empêche de se constituer en tant que groupe social. Ils sont hors des frontières de l’entreprise et ne sont même pas considérés comme des employés» ajoute Clément Le Ludec.

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Est-ce que vous micro-travaillez ? Votre témoignage nous intéresse

Êtes-vous un utilisateur ou une utilisatrice d’applications rémunératrices, de sites de rating, ou de plateformes de micro-travail en ligne ? Accepteriez-vous d’échanger avec une chercheuse lors d’un entretien (face-à-face ou téléphone) ? Les activités qui nous intéressent sont très larges : tâches sur des plateformes de crowd-work (ex: Ferpection, Clickworker, Clixsense, FouleFactory), missions sur des applications (ex: MobEye, BeMyEye), micro-services (ex: 5euros), freelancing (ex: Malt, Fiverr), sondages rémunérés, travail à domicile en ligne pour Appen, Lionbridge…

Votre entretien contribuera à DiPLab, un projet de recherche fondamentale à but non lucratif, et toutes vos données seront anonymisées. Les questions porteront sur comment vous utilisez et comment vous vous repérez entre les différentes plateformes et les tâches qu’elles proposent, et comment ces activités s’intègrent dans votre vie quotidienne.

Pour faire connaissance, envoyez-nous un petit mail à cette adresse : contact@diplab.eu