Touhfat Mouhtare invité de la Tête à Tech (8 juillet 2019)

Touhfat Mouhtare, membre de l’équipe DiPLab et co-auteure du rapport “Le micro-travail en France” était l’invitée de l’évènement “Gig economy et travailleurs du clic”, organisé par le podcast Tête à Tech. Un extrait du compte rendu d’Irénée Régnauld pour le site Mais Où Va Le Web…

La « gig-economy » est-elle condamnée à être antisociale ?

J’assistais cette semaine à un meet-up organisé par la petite équipe de Tête à Tech, autour de la « Gig economy », qui désigne notamment le recours à des travailleurs précaires pour réaliser à la demande des tâches variées. Un phénomène rendu possible par la numérisation d’une partie importante de l’activité économique. Les intervenants, Touhfat Mouhtare et Jérôme Pimot abordaient successivement les « travailleurs du clic » et la situation des livreurs à vélo via des applications type Foodora. Deux jobs aux formes plutôt nouvelles qui génèrent de nombreuses controverses.

« Les vrais leaders de l’IA ne sont pas aux Etats-Unis, mais à Madagascar »

Touhfat Mouhtare, (@TouhfatM) est chercheuse junior à Télécom ParisTech et a participé à l’écriture du rapport sur le micro-travail publié par Diplab. Ce document plonge dans le quotidien des micro-travailleurs, véritables tâcherons du XXIe siècle aux activités multiples. Touhfat Mouhtare s’est présentée en expliquant qu’elle avait pendant longtemps cultivé une dissonance entre son travail de rédactrice pour des revues IT et les ressors de cette économie sur laquelle elle posait un regard critique. Et pour cause, son exposé en a montré l’envers du décor. Les micros travailleurs sont par définition la partie invisible, immergée, de l’iceberg du numérique. Alors que le phénomène est étudié dans de nombreux pays, de l’Angleterre à l’Inde, en passant par le continent africain, la France cumulait un certain retard que l’équipe des sociologues Paola Tubaro et Antonio Casilli a maintenant comblé, même s’il reste du travail.

Les micros-travailleurs commencent à être connus. Leurs activités le sont moins, tant elles sont variées. On parle de gens dont la fonction est d’anonymiser des CV, de flouter des photos, de catégoriser des noms et des visages, de vérifier des données de facturation, etc. Ce sont aussi ces personnes qui taguent les photos destinées à améliorer les intelligences artificielles (reconnaissance faciale), qui interprètent ou traduisent des fragments audios (reconnaissance vocale), ou qui « nettoient » les réseaux sociaux des contenus inappropriés (dans des conditions très dures). On sait désormais qu’ils s’adonnent à ces activités, payées quelques centimes l’acte, sans aucune protection ni statut. Les micro-travailleurs ne sont ni des free-lances ni des travailleurs « uberisés », ils sont pourtant 260 000 en France, certains très actifs, d’autres moins. Les enquêteurs de Diplab ont recensé 23 plateformes qui permettent de se payer leurs services, rien qu’en France. Du côté des « salaires », on parle de quelques dizaines d’euros par mois, jusqu’à quelques centaines ou milliers, dans de rares cas. La rémunération peut être monétaire ou sous forme de chèques cadeaux à dépenser dans l’entreprise client… dont le nom ne peut être révélé qu’après avoir fait le job. Sur certaines plateformes, il faut atteindre un certain seuil avant de pouvoir retirer sa paie; il est donc en théorie possible de trouver des micro-travailleurs qui auraient travaillé sans jamais être payés.

Touhfat Mouhtare note que l’immense majorité des startups qui prétendent offrir des services fonctionnant grâce à de l’intelligence artificielle ont en fait recours à ces travailleurs précaires. L’entreprise Foule Factory par exemple, est la spécialiste de la découpe du travail en petite tâche, ce qui permet à ses clients de recourir à des travailleurs précaires tout en feignant une réelle automatisation. Mouhtare rappelle ironiquement que les vrais leaders de l’IA ne sont pas aux Etats-Unis, mais à Madagascar. On a même vu des travailleurs se faire passer pour des assistants vocaux en prenant une fois monocorde, dans les cas ou ceux-ci ne fonctionnaient pas.

Jérémy Lezac (@JLezac) de Tête à Tech, et Touhfat Mouhtare (@TouhfatM

Concrètement, les tâches à réaliser peuvent être ludique, voire gamifiées : on peut micro-travailler dans son lit, dans le métro, sans vraiment avoir l’impression de travailler. C’est en quelque sorte une manière de « tuer son temps libre ». Mouhtare relate par exemple l’existence de plates formes du type Second Life où l’objectif est de reconnaître des visages ou des noms à consonances africaines, une tâche qui a soulevé de nombreux questionnements éthiques de la part des travailleurs. Au moins autant que ces jobs qui consistent à écouter jusqu’à 170 extraits audios dans un même journée afin de nourrir les assistants vocaux Alexa ou Cortana. Ce qui ressort, c’est que les micro-travailleurs ont des situations très variées. Certains sont cadres supérieurs, d’autres chômeurs et bien sûr, on y retrouve de nombreuses femmes (56% au total) aux situations particulières (recherche d’emploi due à une mobilité, besoin de rester à la maison pour garder un enfant, etc.). Avec le micro-travail, nous sommes passés de la double journée (travail + enfants et tâches ménagères) à la triple journée.

Les micro-travailleurs se rassemblent sur deux types de plateformes. Les premières, dites bifaces, permettent une mise en relation directe entre le prestataire et l’entreprise cliente. Les autres fonctionnent par couches successives où les interlocuteurs se perdent, de sorte qu’il est difficile de savoir qui est le commanditaire final. En résumé : les travailleurs ne savent pas pour qui ils travaillent. Au demeurant, tout est fait pour qu’ils restent cachés : les plateformes ont besoin d’une force de travail isolée, ne communiquant pas et suffisamment nombreuse pour répondre en permanence aux besoins des clients. L’isolement créé par ces jobs est avéré, plus particulièrement pour les personnes qui n’ont d’autres choix que d’accéder à ce type d’emploi, comme certaines personnes en situation de handicap. Pour ceux qui comptent sur cette activité pour assurer leurs revenus principaux, la perte de sens est totale. Pourtant, la rédactrice rappelle que cela n’empêche pas les mouvements de syndicalisation en ligne, notamment à travers des forums, même s’ils peinent à se structurer.

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Colloque “Les plateformes de micro-travail” (Paris, 13-14 juin 2019)

A l’occasion de la restitution des résultats du projet DiPLab sur “Le Micro-travail en France” et dans le cadre de l’activité du réseau INDL (International Network on Digital Labor), émanation du ENDL (European Network on Digital Labour), nous avons eu le plaisir d’organiser et d’animer le colloque “Les plateformes de micro-travail : enjeu pour l’intelligence artificielle, enjeu pour l’emploi ?”. L’évènement, organisé en collaboration avec le think tank gouvernemental France Stratégie et la MSH Paris Saclay, a eu lieu le 13 et 14 juin 2019 à Paris. Le colloque a accueilli environ 300 participants : universitaires, travailleurs, étudiants, syndicalistes, représentants d’institutions, journalistes, citoyens.

Chercheur•ses et étudiant•es du réseau INDL (Paris, 14 juin 2019).

La première journée a été l’occasion d’entendre des témoignages de micro-travailleurs et d’entreprises / plateformes qui les recrutent, de présenter les résultats des enquêtes nationales et internationales sur ces formes émergentes d’emploi.

Intervention de l’économiste Mariya Aleksynska lors de la première journée du colloque (Auditorium France Stratégie, Paris, 13 juin 2019)
Ouverture du colloque doctoral lors de la deuxième journée (France Stratégie, Paris, 14 juin 2019)

La seconde journée a été consacrée à un débat avec des experts académiques, français et étrangers, ainsi qu’à un colloque doctoral, où des étudiants ont présenté leurs recherches de pointe dans le domaine de l’économie des plateformes numériques.

L’argumentaire

Après Uber, Deliveroo et autres services à la demande, le micro-travail est une nouvelle facette du travail intermédié par les plateformes numériques. Des services sur Internet ou sur mobile proposent à des foules d’individus de réaliser, pour le compte de commanditaires, des petites tâches standardisées et répétitives, en contrepartie d’une rémunération allant de quelques centimes à quelques euros par tâche. Celles-ci nécessitent en général de faibles qualifications : prendre une photo dans un magasin, reconnaître et classer des images, transcrire des bouts de texte, mettre en forme un fichier électronique… Malgré leur simplicité apparente, ces micro-tâches réalisées par des millions de personnes dans le monde, servent notamment à créer les bases de données nécessaires au calibrage et à l’« entraînement » d’algorithmes et d’intelligences artificielles.

Au niveau international Amazon Mechanical Turk est la plus connue des plateformes de micro-travail. En France et dans les pays francophones d’Afrique, d’autres plateformes attirent un nombre croissant de travailleuses et travailleurs, pour compléter leur revenu primaire, voire pour y suppléer. Quelle est l’ampleur du phénomène ? Comment reconnaître, organiser et réguler cette nouvelle forme de travail ? Comment, finalement, s’articule-t-elle avec les formes traditionnelles de l’emploi ?

Le programme
Programme-Microwork-conference

Les podcasts
Podcast introduction et première séance de la première journée (Eng/Fr).
Intervenants : Gilles de Margerie (France Stratégie), André Torre (MSH Paris Saclay), Vili Lehdonvirta (Oxford Internet Institute), Florian Alexander Schmidt (University of Applied Sciences HTW Dresden), Antonio Casilli (Telecom Paris).
Podcast deuxième séance de la première journée (Eng/Fr).
Intervenant•es : Paola Tubaro (CNRS), Clément Le Ludec (MSH Paris Saclay), Marion Coville (IAE de Poitiers), Louis-Charles Viossat (IGAS), Anoush Margaryan (Copenhagen Business School), Antoine Naboulet (France Stratégie).
Podcast troisième séance de la première journée (Fr).
Intervenant•es :
Amélie, Ferdinand, Julie (micro-travailleurs), Daniel Benoilid (Foulefactory), Maël Primet (Snips), Odile Chagny (Sharers & Workers).
Podcast quatrième séance de la première journée (Eng/Fr).
Intervenant•es : Mariya Aleksynska (Institute of Labor Economics), Marguerita Lane (OECD), Thiebaut Weber (CES), Patricia Vendramin (UCLouvain), Gilles Babinet (CNNum), Cécile Jolly (France Stratégie).
Les vidéos
Entretien avec Antonio Casilli (Telecom Paris).
Entretien avec Paola Tubaro (CNRS)
Entretien avec Mariya Aleksynska (IZA)
Dans les médias
Les travailleurs du clic, petites mains invisibles de l’économie numérique

AFP/L’Express, 21 juin 2019

Les chercheurs français de Diplab ont étudié la plateforme française Foule Factory: 56% des “fouleurs” sont des femmes, qui cumulent emploi à temps partiel, travail domestique et micro-travail. “On glisse vers une triple journée de travail“, constate Marion Coville, de l’Université de Nantes, qui a collaboré à Diplab…

Le micro-travail dans le secteur automobile (article DiPLab dans le Journal of Industrial & Business Economics)

La revue savante Journal of Industrial & Business Economics vient de publier un article sur les liens entre IA, micro-travail et industrie automobile signé par Paola Tubaro (CNRS) et Antonio Casilli (Telecom Paris) sur la base des résultats du projet DiPLab.

Pour citer cet article :

Paola Tubaro & Antonio A. Casilli (2019). Micro-work, artificial intelligence and the automotive industry. Journal of Industrial and Business Economics. Online First: 05 June 2019, pp 1–13.

» L’article est accessible ici (version read-only).

Abstract:

This paper delves into the human factors in the “back-office” of artificial intelligence and of its data-intensive algorithmic underpinnings. We show that the production of AI is a labor-intensive process, which particularly needs the little-qualified, inconspicuous and low-paid contribution of “micro-workers” who annotate, tag, label, correct and sort the data that help to train and test smart solutions. We illustrate these ideas in the high-profile case of the automotive industry, one of the largest clients of digital data-related micro-working services, notably for the development of autonomous and connected cars. This case demonstrates how micro-work has a place in long supply chains, where tech companies compete with more traditional industry players. Our analysis indicates that the need for micro-work is not a transitory, but a structural one, bound to accompany the further development of the sector; and that its provision involves workers in different geographical and linguistic areas, requiring the joint study of multiple platforms operating at both global and local levels.

Rapport “Le Micro-Travail en France” : les médias en parlent

Le rapport complet du projet de recherche DiPLab a été publié le 24 mai 2019. Les médias français et étrangers en parlent.


Jobs du clic : qui sont ces micro-travailleurs « invisibles » ?

Le Monde, 24 mai 2019

La première étude approfondie sur les micro-travailleurs français, publiée vendredi, dépeint une activité précaire, où, isolés, ils n’ont aucune prise sur leur environnement de travail…


Ces microtravailleurs de l’ombre

CNRS Le Journal, 24 mai 2019

L’investissement des femmes dans le microtravail, assez important dans certains cas, montre un glissement de celles-ci vers la « triple journée » : l’activité sur les plateformes de microtravail vient s’ajouter à un emploi à temps plein et aux tâches ménagères et familiales. À noter que 22 % des microtravailleurs sont au-dessous du seuil de pauvreté, ce qui confirme un réel problème de précarité économique dans notre pays…


L’explosion des « travailleurs du clic » en France

Les Echos, 24 mai 2019

Jugeant que cette activité n’est pas près de disparaître et qu’elle a vocation à remettre en cause le salariat, les auteurs de l’étude soulignent la nécessité pour la société de s’emparer du phénomène, et pour les pouvoirs publics de commencer à fixer un cadre légal à ce nouveau type d’activité…


En France, 260.000 micro-travailleurs précaires nourrissent les IA en données

La Tribune, 24 mai 2019

Cette opacité des rapports sert dans certains cas à cacher le travail humain sous un habillage IA. Les tâches effectuées par les micro-travailleurs peuvent parfois compenser des lacunes de technologies “intelligentes” déjà sur le marché…


Pour quelques centimes par tâche effectuée, 260.000 Français sont des “travailleurs du clic”

Sud Ouest, 25 mai 2019

Ce travail est régi par des formes de contrats très superficielles comme un simple “accord de participation”, voire la seule adhésion aux conditions générales d’utilisation de la plateforme. L’étude pose la question de la régulation et de la protection sociale parfois inexistante de cette nouvelle forme de travail, un défi pour les syndicats et les législateurs…


Une première étude s’intéresse aux 260 000 “travailleurs du clic” en France

AFP/L’Express, 25 mai 2019

L’étude du projet DiPlab pose ainsi la question de la régulation et de la protection sociale parfois inexistante de cette nouvelle forme de travail, un défi pour les syndicats et les législateurs. Elle invite également les entreprises qui développent des IA et ont recours à des “travailleurs de clics” à plus de transparence…


Comment le «travail du clic» contribue au succès de l’IA

Heidi News, 27 mai 2019

Au-delà de la faiblesse des rémunérations au vu du temps passé à comprendre des consignes parfois complexes, les auteurs pointent les risques psycho-sociaux nouveaux inhérents à ces activités: par exemple, pour les modérateurs de contenus, de se retrouver à modérer des contenus violents ou caractère pornographique…


Qui sont les « travailleurs du clic » en France ?

La Croix, 28 mai 2019

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces « travailleurs du clic » ne sont donc pas des « oubliés » qui peinent à trouver un emploi. « Le microtravail épouse un emploi traditionnel », résume le rapport. Une situation qui les différencie des autres indépendants soumis aux plates-formes numériques…


Antonio Casilli : « La création d’emploi n’est pas la finalité des plates-formes de microtravail »

Les Echos, 28 mai 2019

Ce travail a de fortes chances de s’inscrire dans la durée. Il est nécessaire avant et après le déploiement des IA : avant pour les mettre au point, après pour les réentraîner. Quand vous ajoutez de nouveaux services à un assistant vocal, par exemple, il devra reconnaître de nouvelles commandes, de nouvelles instructions orales…


Travailleurs du clic : il y aurait 260 000 micro-travailleurs en France

Le Blog du Modérateur, 28 mai 2019

Le temps passé a effectuer ces micro-tâches est lui aussi extrêmement variable selon les travailleurs. La moitié des personnes interrogées par les chercheurs micro-travaillent moins de 3 heures par semaine, mais « certaines arrivent jusqu’à en faire l’équivalent d’un emploi principal à temps complet ou presque, travaillant entre 20 et 60 heures par semaine. » complète l’étude…


Pour arrondir leurs fins de mois, ils deviennent “travailleurs du clic”

Journal Télévisé de M6, 31 mai 2019

Cette invisibilité est problématique, bien sûr, pour le travailleur d’un point de vue social, mais aussi d’un point de vue contractuel — protection social, condition de travail, rémunération du travail. [Elinor Wahal, sociologue, chercheuse à Telecom Paris]


Précaire, décontextualisé et invisible : la réalité du « micro-travail »

Digital Society Forum, 4 juin 2019

L’étude appelle donc à une prise au sérieux de ce type de travail, appelé selon eux à se développer, et à une réflexion publique d’ampleur sur ces nouvelles formes de travail, qui reconfigurent la catégorie traditionnelle de « métier ».
« Nouveau mode de subsistance pour des populations fragilisées par des emplois insuffisamment rémunérateurs, voire éloignées de toute forme d’emploi, le micro-travail pose une question essentielle aux syndicats, aux pouvoirs publics et aux entreprises : que veulent-ils faire du travail en tant qu’institution salariale ? »…


Ouvriers du clic : extension du domaine de la machine

Alternatives Économiques, 18 juin 2019

Un tiers des micro-travailleurs sont par ailleurs inactifs, c’est-à-dire ni en emploi ni au chômage. Ces micros-tâches peuvent cependant être réalisées en complément d’un emploi, pour constituer un supplément de revenu. Le besoin d’argent est d’ailleurs la principale motivation de ces micro-travailleurs, indique l’étude. Autre signe de précarité, inhérente à cette activité de micro-travail : une très faible protection sociale, aucune sécurité dans l’activité car la plate-forme peut rompre la relation à tout moment…


Les travailleurs du clic, petites mains invisibles de l’économie numérique

AFP/L’Express, 21 juin 2019

Les chercheurs français de Diplab ont étudié la plateforme française Foule Factory: 56% des “fouleurs” sont des femmes, qui cumulent emploi à temps partiel, travail domestique et micro-travail. “On glisse vers une triple journée de travail“, constate Marion Coville, de l’Université de Nantes, qui a collaboré à Diplab…


Microtravail. Ces humains qui piquent le travail aux robots

L’Humanité, 26 juin 2019

« J’avais 120 à 170 transcriptions à vérifier à l’heure. C’était intense. Je devais écouter des pistes audio correspondant à des bouts de conversations. » Ses corrections sont censées améliorer Cortana, l’assistante personnelle virtuelle de Microsoft…

Qu’est-ce que le micro-travail ?

Podcast Maintenant vous savez, 1 juillet 2019

Concrètement, un micro-travailleur peut identifier des objets sur une image, regarder des vidéos, étiqueter des contenus, traduire des courtes phrases ou encore enregistrer sa voix. Bien qu’accessible et flexible, le micro-travail s’avère précaire, comme le révèle l’étude Diplab


The ‘microworkers’ making your digital life possible

BBC, 1 août 2019

Professor Paola Tubaro of CNRS, France’s national scientific research centre, says microworking is not a temporary phenomenon but structural to the development of new technologies like AI . “Even if machines learn, say, how to recognise cats and dogs, you still need to feed them more details to recognise.” As these technologies expand so will the need for people to feed in the data, she says…

Ailleurs dans la presse…

Qui sont les travailleurs du clic, petites mains du numérique ?, Capital.

Le Micro-travail : forme émergente d’activité alternative ?, La Faabrick Cherdet.

Précarité au travail : 260 000 « forçats du clic » comptabilisés en France, Clubic.

Les micro-travailleurs, forçats de l’intelligence artificielle ?, La Gazette Nord-Pas de Calais.

Le micro-travail précaire, face cachée de l’intelligence artificielle, NewZilla.

Il y aurait 260 000 travailleurs du clic en France qui sont le côté obscur de l’intelligence artificielle, Programmez.

260.000 « micro-travailleurs du clic » en France, ZDNet.

Les micro-travailleurs, forçats de l’intelligence artificielle ?, Hérault Juridique et Économique

Micro-travail: la réalité sociale alarmante des auto-entrepreneurs invisibles, Fédération des Auto-entrepreneurs

Microtravail : face à un manque de réglementation, il faut “passer la première”, AEF Info

Combien de personnes micro-travaillent en France ?

Notre projet DiPLab commence à porter ses fruits : Clément Le Ludec, Paola Tubaro et Antonio Casilli viennent de publier une estimation complète du nombre des “ouvriers du clic” en France métropolitaine.

Notre étude a été publiée en français dans la série de working papers de l’Institut Interdisciplinaire pour l’Innovation (i3) du CNRS et en anglais dans l’archive scientifique en ligne arXiv.

WPi3-19-SES-02-LeLudec-Tubaro-Casilli

Dans le quotidien Le Monde, la journaliste Pauline Croquet a présenté un compte-rendu de notre étude :

Jobs du clic : la France compte plus de 250 000 micro-travailleurs

Un groupe de chercheurs vient de publier une étude estimant pour la première fois le nombre de ces travailleurs précaires et invisibilisés du numérique en France.

Le nombre de micro-travailleurs en France n’est pas anecdotique : de 15 000 personnes pour les plus réguliers à plus de 250 000 pour les moins actifs. Un groupe de chercheurs de Télécom ParisTech, du CNRS et de MSH Paris Saclay vient de publier une étude tentant de quantifier le nombre de ces « travailleurs du clic », invisibilisés et précarisés, qui effectuent de petites tâches numériques rémunérées à la pièce.

« Souvent répétitives et peu qualifiées, [ces tâches] consistent, par exemple, à identifier ou nommer des objets sur des images, transcrire des factures, traduire des morceaux de texte, modérer des contenus (comme des vidéos), trier ou classer des photographies, répondre à des sondages en ligne », détaillent les chercheurs.

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Le quotidien Le FigaroL a interviewé Clément Le Ludec.

En France, plus de 260.000 «travailleurs du clic» dans le numérique

Un groupe de chercheurs a quantifié pour la première fois le nombre de micro-travailleurs en France. Ces employés, précaires et invisibles, accomplissent des tâches sur le web,notamment pour entraîner des logiciels d’intelligence artificielle.

Ils participent à l’amélioration des technologies que nous utilisons tous les jours mais sont pourtant invisibles. Un groupe de chercheurs a donc décidé d’évaluer pour la première fois le nombre de ces micro-travailleurs en France, des «travailleurs du clic» dont la tâche consiste à répéter des opérations sans intérêt (trouver un chat sur une photo, retranscrire sur un ordinateur un texte écrit à la main, répondre à des sondages en ligne). Leur mission? Entraîner des logiciels d’intelligence artificielle via des plateformes spécialisées peu connues du grand public comme Microworkers, Ferpection ou Wirk.

De 15.000, pour les très actifs à 266.000 pour les employés occasionnels, les micro-travailleurs représentent une force de travail «précaire et invisible» selon les rapporteurs de l’étude Antonio Casilli (Télécom ParisTech), Paola Tubaro (CNRS) et Clément Le Ludec (MSH Paris Saclay).

Pour réaliser leur étude, les trois chercheurs, aidés par les équipes du DipLab – un projet de recherche centré sur les micro-travailleurs lancé en 2017 – ont combiné plusieurs méthodes de calcul mais ont aussi fait appel directement à des «travailleurs du clic». «Nous avons réalisé plus de 80 entretiens avec des micro-travailleurs» explique au Figaro Clément Le Ludec, l’un des trois rapporteurs de l’étude. 1.000 micro-travailleurs ont aussi répondu à un questionnaire mis en ligne par les chercheurs.

Précarité et invisibilité

Au-delà du nombre, les chercheurs ont voulu avant tout souligné l’extrême précarité de ces employés. «Certains d’entre eux réalisent des tâches pour 10 centimes et même parfois 1 centime d’euro. Le pire, c’est que beaucoup d’entre eux ne savent même pas pourquoi ils font ça, ni pour qui ils travaillent vraiment. Tout est flou» note Clément Le Ludec. Certains micro-travailleurs vont même plus loin en accumulant des comptes sur plusieurs plateformes spécialisées. Selon le chercheur, la moyenne de compte par individu est de 1,27 «mais certains en ont 4 ou 5 différents pour tenter de récolter un peu plus d’argent». Précarité rime avec invisibilité chez ces «jobs du clic». Loin de la médiatisation des travailleurs dits «ubérisés», ces micro-travailleurs, bien plus nombreux, sont «beaucoup moins bien connus du grand public» souligne le rapport. «Le principe de la sous-traitance mis en place par ces plateformes de micro-travail les empêche de se constituer en tant que groupe social. Ils sont hors des frontières de l’entreprise et ne sont même pas considérés comme des employés» ajoute Clément Le Ludec.

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Ailleurs dans la presse :


Est-ce que vous micro-travaillez ? Votre témoignage nous intéresse

Êtes-vous un utilisateur ou une utilisatrice d’applications rémunératrices, de sites de rating, ou de plateformes de micro-travail en ligne ? Accepteriez-vous d’échanger avec une chercheuse lors d’un entretien (face-à-face ou téléphone) ? Les activités qui nous intéressent sont très larges : tâches sur des plateformes de crowd-work (ex: Ferpection, Clickworker, Clixsense, FouleFactory), missions sur des applications (ex: MobEye, BeMyEye), micro-services (ex: 5euros), freelancing (ex: Malt, Fiverr), sondages rémunérés, travail à domicile en ligne pour Appen, Lionbridge…

Votre entretien contribuera à DiPLab, un projet de recherche fondamentale à but non lucratif, et toutes vos données seront anonymisées. Les questions porteront sur comment vous utilisez et comment vous vous repérez entre les différentes plateformes et les tâches qu’elles proposent, et comment ces activités s’intègrent dans votre vie quotidienne.

Pour faire connaissance, envoyez-nous un petit mail à cette adresse : contact@diplab.eu